Confidences pour Objectif FEMMES
Si votre regard était une époque, laquelle serait-ce et pourquoi ?
Je dirais le romantisme, pour ses réflexions sur les émotions, la
liberté et la condition humaine.
À quel moment la photographie vous a-t-elle choisie ?
Au cours des 97 jours que j’ai passé seule dans mon tout petit studio,
pendant le covid.
Quelle est votre motivation lorsque votre réveil sonne le matin ?
Un jour de plus à vivre de nouvelles aventures, dans un corps qui
fonctionne.
Si vous deviez transmettre une seule image à la petite fille de 10 ans que vous étiez, que montrerait-elle ?
La scène de violoncelle sur le toit dans Delicatessen. Cette image symbolise pour moi la nécessité de rêver, même (surtout ?) dans un
monde contraint.
Pour me raconter que l’on peut continuer à inventer de la beauté au milieu du quotidien, et que la rêverie n’est pas une fuite mais un moyen de tenir, une force d’apaisement.
Votre musique du moment :
Blood Orange - Mind Loaded ft. Caroline Polachek, Lorde, Mustafa
"Contemplations"
Ma pratique photographique interroge les imaginaires tout en s’ancrant dans une esthétique plutôt picturale.
Issue du cinéma, je conçois chaque image comme le fragment unique d’un film ; la photographie devient pour moi un espace de fabrication où je crée des personnages, des décors et des atmosphères pour donner corps à des récits intimes et traiter de sujets qui me tiennent à coeur.
La mise en scène est centrale : l’image est pensée comme un tableau, porté par une dramaturgie silencieuse.
Mon travail s’inscrit dans une démarche qui vise à réancrer dans le visible des figures, des corps et des imaginaires longtemps invisibilisés par les discours dominants.
Dans la série Les Amours cachées, j’intègre par exemple les amours homosexuelles à une iconographie romantique qui les a historiquement exclues. J’aime rouvrir les chapitres tus : une jeune femme albinos au bal, une Eurydice métisse, des jeunes filles de bonnes familles partageant une cigarette... Je revisite également des mythes fondateurs à travers un prisme contemporain. Des figures comme Méduse, Perséphone ou Danaé, longtemps réduites à des rôles passifs, monstrueux ou assignés au regard masculin, deviennent des espaces de réinterprétation.
Je revendique une photographie qui bouscule sans brutaliser, le geste est politique mais il passe par la suggestion, par la beauté, par une forme de lenteur.
Mes images cherchent moins à démontrer qu’à hanter. À travers cette démarche, je tente de créer des espaces sensibles où de nouvelles représentations peuvent émerger — des images où les corps se libèrent des cadres hérités, et où les récits minorés trouvent enfin une place.

