Yasmine Lavoine

© Sarah Makharine

Confidences pour Objectif FEMMES :

Si votre regard était une époque, laquelle serait-ce et pourquoi ?
Je me suis pendant longtemps surprise à être nostalgique d’époques dans lesquelles je n’avais jamais vécu. Surtout les années 60/70, quand j’écoutais mes parents me parler de leurs adolescences. La musique, la photo, le cinéma, même les voitures... Tout me paraissait mieux. Mieux avant. J’ai rejeté d’une certaine manière mon époque. Je n’écoute pas de musique actuelle et me suis longtemps habillée comme les jeunes demoiselles dans La BOUM.

Mais tout ce que j’aime, qui m’anime et me construit existe aujourd’hui. J’ai aimé vivre dans l’Athènes d’aujourd’hui, j’aime les films merveilleux qui sortent au cinéma, j’aime les histoires et parcours racontés par les femmes aujourd’hui qui on traversés tant de choses. Ama, mon arrière- grand-mère qui a traversé les époques et m’inspire tous les jours.

J’aime regarder notre époque, celle qui bouge, celle qui a de merveilleux et malheureusement d’affreux aspects, celle dans laquelle je suis née, celle qui est le fruit de toutes celles qui nous ont précédé.

À quel moment la photographie vous a-t-elle choisie ?
Je devais avoir 15 ans. J’ai toujours été très admirative des jeunes filles (parfois garçons) dans les films, qui tenaient quotidiennement et presque religieusement un journal intime. « Cher journal, aujourd’hui... ». Je n’ai jamais réussi. Peut-être pas assez scolaire, pas assez patiente... je ne sais pas. En revanche, filmer, photographier, documenter, tout, tout le temps, est devenu très rapidement une partie de moi. J’ai volé un argentique à mon père dont je ne me suis jamais séparée. Toutes les semaines je déposais mes pellicules à développer en demandant des impressions en format lecture, pour les coller dans des carnets. Je décrivais tout, les gens, ce qui avait été dit, la température extérieure, qui avait ri de telle ou telle manière, comme des scènes. Des scènes de vies riches et uniques.

Quelle est votre motivation lorsque votre réveil sonne le matin ?
Un ami m’a un jour dit, « le soir, avant de te coucher, si tu réfléchis bien, il y a au moins 3 choses que tu as faite pour la première fois de ta vie. » Et il a raison. Il faut chercher un peu, ça peut être très simple, mais il a raison.

J’adore dormir. C’est une de mes activités favorites. Me lever le matin est donc une épreuve un peu difficile. Mes motivations varient, mais une qui persiste est, la nuit tombée, quand je suis seule (enfin avec mon chat) ouvrir mon vélux, regarder Paris depuis mon septième étage, et tout repasser dans ma tête : le café trop corsé préparé par mon amoureux qui n’en boit pas, et donc ne sait pas, mais je ne dis rien, je rajoute un peu d’eau. Je l’aime et j’aime son café.

Le rire de mon meilleur ami croisé par hasard dans la rue, qui a mon rire préféré. Voir des gens s’embrasser sur le quai de la ligne 5. Les écluses du canal St Martin qui s’ouvrent et se ferment. M’asseoir à une terrasse de café, enfiler mes écouteurs mais ne pas jouer de musique. Les voisins de table parlent plus librement ainsi, je ne suis pas soupçonnée et donc j’écoute mieux. C’est comme du théâtre. J’aime tout voir, tout entendre, tout apprendre, enfin le plus possible. J’aime les surprises quotidiennes, prendre à gauche pour une fois, découvrir un tag que je ne connaissais pas. Voir ma buraliste parler à son petit chien comme s’il allait lui répondre dans un Français impeccable. Prendre des photos évidement, en rater parfois.

J’aime me réveiller le matin en me demandant ce que la vie me réserve aujourd’hui. C’est tous les jours une nouvelle aventure. Ma motivation est de trouver et de chérir toutes les choses qui rendent la vie plus belle.

Votre musique du moment :

Ma musique du moment, c’est la musique de tous mes moments. Celle qui m’accompagne depuis toujours, tous les jours et pour toujours : la discographie complète de Véronique Sanson. Mais si je ne dois qu’en choisir une seule, 
c’est celle ci :



"Lawski”

Avec cette série, j’ai voulu explorer cet espace fragile et souvent invisible qu’est l’intimité à deux. Au cours de cette année, j’ai réalisé une série de reportages documentaires en m’immergeant dans le quotidien de couples et de duos — amoureux, amicaux, familiaux — sans chercher à les définir.

Je ne cherche ni à expliquer ni à juger. J’observe. Je m’attarde sur ces moments intermédiaires, ces « interludes » où les corps se relâchent, où les regards se perdent, où la présence de l’autre devient presque silencieuse. C’est souvent là que quelque chose de plus vrai apparaît.

À travers ce projet, je me suis demandé : que reste-t-il du lien lorsque l’on retire la mise en scène sociale ? Que raconte l’intimité quand elle n’est plus performée ?

En observant ces duos, une idée s’est imposée sans que je cherche à la démontrer : un couple peut être une équipe, mais une équipe n’est pas nécessairement un couple. Ce qui relie les êtres dépasse souvent les cadres que l’on tente de lui donner.

Je travaille dans une proximité volontaire, parfois troublante. Cette position crée une tension entre distance documentaire et implication personnelle. Chaque image est pour moi un fragment d’histoire, mais aussi un espace ouvert, dans lequel chacun peut projeter ses propres expériences — du lien, du manque, du désir ou de la tendresse.

Pourquoi vous? n’est pas une tentative de définir l’amour ou la relation. C’est une traversée. Une manière d’approcher ce qui nous relie, dans ce que cela a de plus simple, et de plus insaisissable.